Mauvais débat, mauvais calcul

Publié le 16/02/2012 par JMBaylet

Qu’un ancien haut fonctionnaire que tous croyaient républicain – tel est le cas de M. Guéant – se lance dans une polémique aussi hasardeuse que celle de la prétendue hiérarchie des civilisations ne peut s’expliquer que par le contexte politique et plus précisément par des visées électoralistes.
Il s’y est d’ailleurs aventuré en des termes curieux : « Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas ». Pour moi, je suis, comme tous les vrais radicaux, de gauche et absolument pas relativiste. Je crois que les philosophes des Lumières ont inspiré les grands textes que sont la Déclaration d’Indépendance américaine, et la Déclaration Française des Droits de l’Homme. Malgré les difficultés liées à la montée du matérialisme et du consumérisme dans les sociétés occidentales, il reste de ce grand élan un socle de valeurs universelles : l’unité fondamentale de la condition humaine, l’autonomie du sujet, l’égalité en droits et les formes démocratiques de la représentation politique. Si tel était le véritable sujet, je pourrais dire, comme le suggère M. le Ministre de l’Intérieur, que je ne suis pas prêt à me prosterner devant les Etats ou les régimes qui ne respectent pas ces valeurs essentielles.
Mais la première erreur de M. Guéant est de confondre les civilisations et les différents cycles que connaissent les sociétés et les cultures, à la fois dans l’espace et dans le temps. Un exemple ? Lui-même pourrait reconnaître que les royaumes arabes d’Andalousie étaient marqués, avant la Reconquista, par une tolérance politique et un rayonnement culturel infiniment plus grands que ceux de l’Espagne inquisitoriale d’Isabelle la Catholique.
J’ai choisi cette illustration à dessein car nous voyons bien, depuis le trop fameux débat sur l’identité nationale, depuis les menaces de déchéance de la nationalité, depuis la publicité sur les prières de rue, ou sur un cas, évidemment répréhensible mais isolé, de polygamie, que le véritable adversaire proposé par la droite à la communauté française, c’est l’étranger et, plus grave encore, notre concitoyen s’il est musulman.
C’est ici qu’il faut revenir sur le contexte pré-électoral. Pendant quatre ans, le Président de la République a essayé de rééditer sa performance de 2007 : en récitant tous les thèmes de la droite autoritaire, sécuritaire et identitaire, il espérait capter à nouveau l’électorat potentiel du Front National. En vain. Madame Le Pen était installée aux alentours de 20% des intentions de votes. Mais c’est aujourd’hui une perspective nouvelle qui s’ouvre. L’Elysée et ses conseillers se sont persuadés, à tort ou à raison, que la candidate de l’extrême-droite ne parviendrait pas à se présenter. La cible a donc changé. C’est la totalité de son électorat qu’il s’agit de séduire dans une logique jamais démentie : c’est sur le score du premier tour que se gagne l’élection présidentielle.
Et la sortie saugrenue du Ministre de l’Intérieur est éclairée par les déclarations de Nicolas Sarkozy. Il envisage rien moins qu’un referendum sur les droits des chômeurs. Et puis un autre sur les droits des étrangers. Alors qu’il se disait séduit, voilà peu, par le chantier des nouvelles libertés, il rejette énergiquement les droits au mariage homosexuel ou à l’homoparentalité ainsi que le droit à mourir dans la dignité. Le cap est clair : tout à l’extrême-droite.
Et pourtant, chacun sent bien que le calcul est erroné. C’est une chose de réunir les électeurs les plus droitiers au premier tour – y parviendra-t-il ? on peut en douter –, c’en est une autre de rassembler les Français le plus largement possible et de les présider sans esprit partisan.
Puisque nous sommes invités à réfléchir à la valeur des cultures, rappelons, tout simplement que la culture républicaine se confond avec cet effort de rassemblement et que notre République n’a jamais eu pour mission de diviser les Français, de les opposer les uns aux autres. Notre pays traverse des épreuves difficiles. Il a plus que jamais besoin de respect de cet esprit public. La France a été grande lorsqu’elle était unie. Elle a toujours perdu quand elle était déchirée. C’est aussi la leçon que nous a apporté l’Histoire des civilisations.
Tribune publiée ce jeudi 16 février dans l’Humanité

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2 commentaires
Publié dans Parti Radical de Gauche le 16/02/2012 par JMBaylet
  1. Lebasque Posté le 02/03/2012 à 16:57

    Face à la crise qui remet en cause le fonctionnement trop bien huilé de nos sociétés libérales, il est toujours prévisible, facile et dangereux de rechercher des boucs émissaires, au risque de remuer un passé nauséeux qui a mené notamment l’humanité aux horreurs de la seconde guerre mondiale.

    Profond respect et amitié radicale.

    RL

  2. Lebasque Posté le 03/03/2012 à 06:32

    Je crains que notre président Nicolas Sarkozy n’apprécie guère à sa juste valeur le concept de démocratie tel que l’a instigué la révolution française de 1789. Cette évolution, certes majeur, ne semble pas avoir achevé son œuvre humaniste et la volonté de certains de continuer de voir en la monarchie absolue et en la société bourgeoise inégalitaire du 19ème siècle deux modèles possibles de perfections sociétales et institutionnelles. Je pense, au contraire de certains politiques et hauts fonctionnaires, que Nicolas Sarkozy a voulu, comme le Front National, affaiblir le débat démocratique et républicain entre la gauche, le centre et la droite car ce monsieur ne semble guère porter dans son cœur le socle idéologique des institutions de la cinquième république : la contradiction. Ces propos n’engagent que moi. Monsieur Jean-Michel Baylet n’est nullement responsable de mon engagement et de ma liberté de penser et de commenter à ma guise les articles qu’il publie sur son blog.
    Profond respect et amitié radicale
    RL

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