Je suis intervenu aujourd’hui au Sénat dans le débat organisé sur la politique étrangère, vous trouverez ci-dessous le texte de mon intervention :
Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre d’Etat,
Mes chers collègues,
Dans le peu de temps qui m’est imparti, j’ai décidé de consacrer toute mon intervention à la situation en Syrie.
En effet, le président syrien a choisi de ne pas entendre les aspirations légitimes que son peuple exprime depuis près d’un an.
Pire, il a choisi la répression, dans sa forme la plus irrémédiable, celle de « crimes contre l’humanité ». C’est ainsi que le conseil des droits de l’Homme des Nations unies a qualifié à plusieurs reprises le déchaînement de violence orchestré par Bachar al-Assad et ses partisans qui a déjà couté la vie à près de six milles syriens. Les derniers bombardements et massacres de Homs en sont malheureusement l’illustration tragique.
Dans ces conditions, Monsieur le ministre, vous l’avez dit et vous avez raison, la France ne soit pas baisser les bras face au martyr syrien.
Certes, le rejet, pour la seconde fois, par Moscou et Pékin, d’un projet de résolution du Conseil de l’ONU condamnant les violences en Syrie, est un échec pour la diplomatie internationale, la position sino-russe devenant d’ailleurs irresponsable et intolérable au regard de l’ampleur des violences. Mais nous savons aussi, mes chers collègues, combien la persévérance est payante. La gestion de la crise libyenne en atteste.
C’est une évidence, il faut poursuivre les efforts entrepris depuis plusieurs mois par la communauté internationale pour parvenir à trouver rapidement une issue à ce drame. En effet, très sensibles au sort des syriens et, d’une façon plus générale, très soucieux du respect des droits de l’homme, les radicaux de gauche souhaitent voir accentuer la pression sur le régime syrien. Plus particulièrement, nous devons continuer à soutenir le plan de la Ligue arabe sous réserve que celui-ci conserve ses fondamentaux quant à la recherche d’un règlement pacifique. A cet égard, les amendements proposés par la Russie allaient à l’inverse, en particulier celui visant sournoisement à désarmer les opposants qu’ils appellent « les bandes armées ». Disons le clairement, il s’agit pour les russes de laisser l’armée loyaliste écraser la rébellion.
Cependant, sans nullement chercher querelle, j’ajouterai que l’interprétation extensive de la résolution 1973 concernant le Lybie a peut être rendu les russes méfiants à l’égard d’une intervention militaire qui, rappelons-le, ne visait pas la destitution du colonel Kadhafi. Monsieur le ministre, la position de la France est-elle clairement définie quant à l’avenir de Bachar al-Assad ?
En tout cas, le dialogue doit se poursuivre au sein de la communauté internationale, car il faut agir vite. Comme vous le savez, mes chers collègues, la guerre civile gagne actuellement la Syrie. Plus le bilan des victimes s’alourdit, plus les contestataires chercheront à venger leurs morts. Bachar al-Assad ne semble pas avoir mesuré la dimension sacrificielle des syriens, en particulier des sunnites prêts à tout pour se libérer de quatre décennies décennie de domination du clan alaouite. Mais ce face à face est terrifiant pour la Syrie et son peuple.
Cette réalité doit donc -je le disais à l’instant- nous pousser à renforcer les pressions sur le régime syrien et notamment sur le plan financier. Le 23 janvier, l’Union européenne a adopté des sanctions supplémentaires qui s’ajoutent à celles concernant l’embargo sur les armes et les importations de pétrole. C’est une bonne chose, si -bien sûr- les décisions sont respectées. Je pense notamment à l’Iran qui, en violation des résolutions 1747 et 1929 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, aurait livré des armes au régime. La France doit donc rester attentive à toutes les implications régionales de cette crise syrienne.
Mes chers collègues, les radicaux de gauche regrettent qu’à l’instar du colonel Kadhafi le Président de la République ait reçu Bachar Al-Assad avec tous les honneurs lors du défilé du 14 juillet 2008. Nous constatons aujourd’hui qu’il s’agissait d’une faute grave. Néanmoins, nous nous félicitons du rôle central que la France joue dans la lutte contre les exactions menées par un régime devenu fou et nous espérons que les syriens, quelle que soient leur confession ou leur position sociale, se retrouvent autour d’un projet politique empreint de liberté, de justice et de fraternité.


